Genres, origines…, déconstruire les préjugés
Cette année, les Semaines contre le racisme et les discriminations s’attaquent aux préjugés : les causes, les conséquences et les moyens de s’en débarrasser. Venez relever le défi comme 24 classes élémentaires de Saint-Nazaire et vider votre sac à préjugés autour de lectures, rencontres et temps festifs, du 6 mars au 9 avril.
Tremblement.
« Nous avons tous des préjugés sur les immigrés, les sans papiers, les jeunes, les étrangers, les collègues… », déclare sans ambage le collectif* qui réunit une dizaine d’associations inscrites dans la lutte contre le racisme. Comment dès lors s’attaquer à ces raccourcis de pensée, ces généralisations abusives que nous utilisons même parfois sans nous en rendre compte ? C’est le défi lancé par ce collectif à l’heure où, comme le constate la journaliste et romancière Leïla Slimani, le racisme mute en une nouvelle forme insidieuse : « Je ne veux pas te connaître ou que tu t’approches car je ne veux pas que tu me contamines. »
Des ponts plutôt que des murs
Face aux préjugés, « il nous faut lutter contre cette paresse de l’esprit : réfléchir, analyser, approfondir permettront de diminuer le nombre de nos préjugés », scande le collectif. Comment devient-on raciste ? Cette question sera le point de départ de la conférence-débat du 6 mars avec Carole Reynaud-Paligot, co-autrice de Comprendre la mécanique de la haine pour mieux s’en préserver (éd. Casterman). À l’appui de cette BD, l’historienne explorera les phénomènes de racialisation, ces processus insidieux qui alimentent les discriminations systémiques. Une plongée salutaire dans les rouages du racisme, alors que les chiffres explosent. En 2024, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) enregistrait une hausse de 32 % des actes racistes. Partie prenante de la mobilisation et de l’action, la librairie L’Embarcadère accueillera Catherine Zambon, le 22 mars. Elle viendra présenter Mon frère, ma princesse. Une pièce sur laquelle 14 classes de CM1/CM2 des écoles élémentaires de Saint-Nazaire ont travaillé depuis janvier. Ce texte interroge le genre et la place des filles dans la société. « Une belle occasion pour casser les stéréotypes qui visent à enfermer des individus dans des rôles prédéfinis », indique Françoise Mahé, co-présidente du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap).
Du travail sur les planches
À Athénor, la poésie et la musique s’invitent dans la réflexion avec Samira Negrouche, l’une des voix majeures de la poésie algérienne (voir Estuaire 1691), et avec la bassiste et compositrice Floy Krouchi. Le 23 mars, « leur projet singulier baptisé Tremblement résonnera de nouveau à Athénor où elles étaient en résidence l’an passé », annonce son directeur Camel Zékri. « Dans cette performance évolutive qui explore les frontières, les identités et le dialogue avec l’Autre, la poétesse a écrit autour de la sidération de ce que nous vivons aujourd’hui. » Avec la musicienne, elle invite à l’écoute et à la résonance, à rebours d’une époque qui « érige des murs plutôt que des ponts ».
Enfin, la Journée internationale des droits des femmes s’adossera à ces Semaines contre le racisme et les discriminations avec Femmes en lumière, le 8 mars à la Maison de quartier La Chesnaie. Une exposition d’une vingtaine de portraits de femmes inspirantes des quartiers Ouest, réalisés par les jeunes accompagnés par le photographe nazairien Nicksigo et les Maisons de quartier, qui clôturera ces échanges autour des préjugés le 9 avril, lors d’une soirée festive. « La raison, le jugement viennent lentement, les préjugés accourent en foule », dit Rousseau, alors « à nous de faire appel à notre esprit critique et de n’accepter toute idée que si nous l’avons passée au crible de notre raison ! », conclut le collectif.