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Cinéma # La Toile de Mer

[zoom] Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan

(France 2025) comédie dramatique de Ken Scott avec Leïla Bekhti, Jonathan Cohen, Sylvie Vartan.
1h42.

Note de la rédaction :

Avec ou grâce à la naissance prochaine de Roland, la famille Perez va pouvoir enfin quitter son « quartier d’immigrants », comme le désigne le narrateur, pour intégrer un HLM. Car le sésame des années 60 pour décrocher un logement social est d’avoir six enfants. Après Edmond, Nicole, Harold, Jacques et Jacqueline, voici donc Roland. Il n’est pas encore né que déjà la pression se fait sur ses frêles épaules. Mais catastrophe, Roland a un pied-bot, un petit animal recroquevillé sans vie au bout de son pied. Les médecins sont catégoriques : l’enfant ne pourra jamais marcher. Qu’importe !, balaie sa mère Esther d’un revers de la main – comme Roland balaiera toute son enfance le lino bleu de l’appartement de sa patte folle – son fils marchera. Comment ? En utilisant le protocole Vartan : de la thérapie jusqu’à la méthode de lecture Sylvie Vartan, en éclusant tous les médecins de la capitale et tout un tas de rebouteux, en sommant tous les saints d’accomplir le miracle. Car chaque matin après toutes ses prières, elle l’attend, elle l’espère. Mais le miracle c’est elle, en fait. Esther. 

Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan raconte l’abnégation d’une mère. Une histoire d’amour maternel au cœur même d’un film adapté du roman autobiographique de l’avocat et animateur de radio Roland Perez. Cette relation forte et fusionnelle est assez proche de celle qui unit Romain Gary à Mina, sa mère, dans La Promesse de l’aube. Le romancier y dépeignait un personnage déterminé, habité, obsédé, par le fabuleux destin qu’elle envisageait pour lui. Effets de manche, montée dans les aigus…, inspirés de Maman, Roland, lui, devient aussi écrivain mais surtout un avocat brillant. D’ailleurs Roland doit beaucoup à sa mère. Il lui doit tout, lui doit trop. Mais comment en vouloir à une femme qui a quitté le pays pour offrir un avenir plus radieux à ses enfants. Comment en vouloir à ce petit bout de femme immigrée du Maroc qui décroche la médaille de la famille décernée par Chirac en personne ? Comme Romain Gary, Roland Perez fait également de sa génitrice une “emmerdeuse” envahissante mais toujours battante. De toute façon, à quoi bon lutter. « Jamais il n’arrivera à se défaire de cette femme », prédit l’une de ses profs de danse. Probablement parce que, comme « Dieu ne peut être partout, il a dû inventer les mères ». Dans cette comédie dramatique, où l’icône yéyé apporte un léger grain de folie salvateur, Leïla Bekhti en mère juive séfarade, est toujours à fleur de peau. Un peu trop. Reste que de ces liens si particuliers tissés avec sa mère, Roland devenu grand décide un jour d’en « faire quelque chose » : écrire un roman grâce aux encouragements d’une certaine Sylvie V.