[zoom] Les Musiciens
(France 2025) comédie dramatique de Grégory Magne avec Valérie Donzelli, Frédéric Pierrot, Mathieu Spinosi.
1h42.
Bienvenue dans l’antichambre du tout à l’ego de la musique de chambre. Qui, dans ce bal pour prendre le lead ? La musique classique à n’en pas douter. Ce film réussi fait, en effet, la part belle au quatrième art. Une réussite suffisamment rare pour être signalée. Composée par Grégoire Hetzel, auteur de près d’une soixantaine de bandes originales dont notamment celles des films d’Arnaud Desplechin, elle est au centre du film et prend toute sa place. Légitime.
Avec Les Musiciens, Grégory Magne réalise une comédie humaine élégante, avec ses points d’orgue, ses contretemps, ses impromptus et ses petites notes burlesques, toujours délicieusement interprétés par Valérie Donzelli. Le quatuor, que son personnage (Astrid) cherche à constituer autour de quatre Stradivarius, a bien du mal à les accorder, ces violons. Car sous le joli vernis de ces petits joyaux incontestés de la lutherie italienne de la fin du XVIIe siècle se dissimulent frustrations, jalousies, envies… Des histoires d’ambition, de rancœurs, de rivalité, qui pourraient bien se décliner dans n’importe quel autre univers professionnel. Débordée par ces artistes incapables de s’accorder, Astrid s’en va quérir l’auteur de la pièce que les virtuoses doivent interpréter conformément à la volonté paternelle : Charlie Beaumont. Comme un clin d’œil au docteur Dayan de la série En thérapie, que Frédéric Pierrot incarne, son personnage de Charlie Beaumont se fait lui aussi par moments psychanalyste. Car le compositeur bougon et retiré du monde finit par accepter de venir donner des clefs de compréhension de son œuvre comme des comportements humains. Et le charme opère. Il s’installe, crescendo, grâce à un carré d’interprètes impeccables (Mathieu Spinosi, Emma Ravier, Daniel Garlitski et Marie Vialle), musiciens professionnels mais aussi excellents comédiens. Même si « pour que ça sonne juste il faut que chacun joue un peu faux », selon le compositeur, devenu pédagogue et aussi philosophe à ses heures.
Ce film vibrant et enlevé peut provoquer, comme Billy Elliot en son temps qui faisait fourmiller les jambes, une irrépressible envie de se plonger dans l’écoute des grands classiques. Voire de se (re)mettre à jouer des cordes… sensibles.