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Portraits # Loire-Atlantique # Saint-Nazaire

Roxanne Moreil, plume de L’oiseau tempête

Libraire discrète, éditrice, formatrice de libraires, scénariste, Roxanne Moreil signe, avec Cyril Pedrosa et Karine Bernadou, son 2e roman graphique : Elsie A.

Libraire, formatrice, éditrice, Roxanne Moreil s’illustre aussi dans la BD.

Depuis bientôt quatre ans, elle co-dirige la librairie l’Oiseau tempête avec Quentin Quellien. Oiseau marin opiniâtre qui se rit des rafales, « de bon ou de mauvais augure, revue de l’ultra gauche », ce nom – allusion également à Edward Sexby qui prôna la communauté des biens – lui correspond. Installée à Saint-Nazaire après un parcours qui l’a menée de Nantes à Arles en passant par Paris, la libraire aime inviter à la conversation, lors de rencontres qu’elle anime en ses murs bleus Klein ou de partenariats avec la médiathèque, comme à « participer à la transformation des imaginaires » ou à tordre le cou à l’idéologie marchande. Une chimère consumériste à laquelle la « clientèle nazairienne patiente, consciente et militante » plussoie. « Une chance ! » 

L’art de la bulle 

Diplômée d’histoire de l’art à l’université de Nantes, elle se voyait bien travailler dans « la muséographie de la BD. Mais il y a 20 ans, elle était déconsidérée. Il n’y avait pas le vivier d’aujourd’hui ». C’est par le biais de sa culture visuelle qu’elle devient libraire en 2010. Parallèlement, elle collabore à une ribambelle de projets liés à la BD et devient membre de Maison Fumetti, lieu associatif nantais dédié au 9e art. Elle le co-préside un an, participe à son festival, crée l’exposition féministe Une BD quand je veux si je veux. L’aventure se termine lorsqu’elle part en Arles faire ses armes dans une librairie indépendante. Elle y crée sa maison d’édition La vie moderne. Aujourd’hui en sommeil, elle n’exclut pas « de reprendre ce jouet un jour. » 

Nouveau chapitre 

En 2018, elle ouvre un nouveau chapitre avec L’Âge d’or (éd. Dupuis). Une fresque politico-utopique et féministe, couronnée par les prix BD France Inter et Landerneau. La trentenaire semble encore surprise du succès de son premier scénario qui répondait « un peu par hasard au mouvement #MeToo. Mais le métier de libraire prend forcément le pouls de la société, des problématiques sociales du moment ». Cette épopée médiévale de deux tomes, partie d’un dessin de princesse de Cyril Pedrosa, interroge notre désir de transformer la société comme nos bonnes intentions autour de cette question : nos idéaux peuvent-ils résister au pouvoir ? Son dernier roman graphique, Elsie A., mène cette fois au début du XXe siècle, aux confins du Mexique. Le récit, plus intérieur, creuse une veine également plus trouble. Il reprend les codes du roman d’aventures, dont elle est fan. Entre chamanisme, mémoire fragmentée et forêts hallucinées, l’histoire est celle d’une Européenne à la recherche de son mari archéologue volatilisé en pleine jungle. Dans une odyssée fluviale, à la fois fantastique et initiatique, et sur laquelle Roxanne a encore planché avec Cyril Pedrosa, l’illustratrice Karine Bernadou déploie « une aquarelle organique. Un petit Everest à réaliser. » Celle qui œuvre souvent en bande souligne d’ailleurs que « la couleur comme l’ambiance sont des personnages à part entière ». Le scénario sort lui aussi des cases traditionnelles parce qu’il s’essaie ici à un exercice différent : l’horrifique. Cette forme de réalisme magique avec un curseur poussé jusqu’au thriller. « Un genre rare en BD, sauf dans les mangas. » 

Envol  

Comme ses héroïnes, Roxanne est prise dans les questionnements de son temps. Féministe ? Elle nuance : « Je mène une réflexion globale autour de l’égalité, des luttes de pouvoir, de classe… » Avec la BD, elle dit avoir trouvé sa forme d’expression. Depuis, sa plume s’envole. La preuve, elle vient d’achever Boulevard Nevski. Un polar d’espionnage illustré par Glen Chapron qui plonge dans l’effondrement du bloc soviétique, côté Hongrie. En attendant sa sortie espérée fin 2026, la scénariste reste en quête de plages… d’écriture, « pas assez nombreuses ». À 37 ans, Roxanne Moreil n’est pas prête à se poser. Comme l’oiseau qui porte le nom de son antre.