[zoom] La venue de l’avenir
(France 2025) comédie dramatique de Cédric Klapisch avec Suzanne Lindon, Abraham Wapler, Vincent Macaigne.
2h06.
Ah, la butte Montmartre. Ses moulins à vent, ses champs, ses vignobles, et, en arrière plan, le Sacré-Cœur en cours de construction… Un décor, pas loin de l’image d’Épinal, un peu cliché comme ceux de Nadar et des artistes, croisés dans La Venue de l’avenir, et qui ont fait la réputation de ce quartier, de ce Paris effervescent aux balbutiements du XXe siècle. Voici un joli voyage spatio-temporel, fait de perpétuels allers/retours entre le passé et le présent, que réalise Cédric Klapisch. Un voyage entre le Paris des Impressionnistes et la vie d’aujourd’hui avec des questions de génération et d’incompréhension. Des questions de toute éternité en réalité. Toujours d’actualité. Les jeunes versus les vieux. Les anciens versus les modernes. Un exemple ? Bien avant Instagram, Monet était taxé de peintre de l’instant et l’objet de critiques portées par l’ancien monde… de son temps. C’est que les anciens ont oublié qu’un jour, ils ont été jeunes. Sûrement. Et comme un autre clin d’œil au maître et à sa modernité, le film commence justement avec une plongée immersive et symphonique en plein Nymphéas. Cette œuvre devenue majeure. Chef-d’œuvre devenu aussi star des selfies, donc relégué au second plan. Car aujourd’hui le prisme a changé. L’individu est passé au premier plan. Il est désormais le sujet principal. Il prime partout, sur tout.
Voilà ce que montre Klapisch : une époque nombriliste où tout est aussi permis. Celui de retoucher, de déformer, de recoloriser les oeuvres originales pour les besoins marketing d’une “collab”. En peintre des mœurs, Klapisch n’a pas son pareil pour critiquer de manière assez caustique notre temps, ses aberrations, ses contradictions. Celle donc d’« Amstramgram » et compagnie. Celle de l’appétit féroce de promoteurs certifiant construire un éco parking de 300 places pour “zone commerciale respectueuse de l’environnement”. Pour faire face à ces comportements cyniques, il reste la famille. Celle que l’on se découvre, celle que l’on se fabrique, celle des aïeux qui nous (re)lie, et de jolies personnes, comme l’happyculteur Guy (Vincent Macaigne), qui résistent et apportent une bouffée d’oxygène. Car comme toujours le cinéma de Klapisch se veut résolument optimiste, positif, avec cette éternelle ode à la jeunesse incarnée par des acteurs aux carrières prometteuses (Abraham Wapler, Suzanne Lindon, Vassili Schneider, Pomme). Décidément, le réalisateur du Péril jeune et de L’Auberge espagnole est doté d’un vrai détecteur à talents. Souhaitons-leur la même belle Venue de l’avenir qu’à Romain Duris ou Cécile de France ! Également au casting, en hilarante conservatrice et grande bourgeoise de ce film si bienveillant et finalement touchant.