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Rendez-vous # Saint-Nazaire

Faire de Saint-Nazaire « l’Avignon de la poésie »

Le festival Les Insinueuses bal(l)ade sa poésie, le rap en bandoulière, dans la cité portuaire de caf’conc’ en librairie… Une 2e édition de très haute qualité artistique, et un duo de poètes free…lance nazairo-parisien aux ambitions dignes d’un alexandrin. Rencontre entre deux strophes !

Pour Maïlys et Robin (à droite), Ugo et Marine, la poésie est vue comme un moyen d’expression « qui parle à tout le monde. Elle est moderne, drôle parfois, touchante même. La poésie, ce n’est pas juste toi tout seul dans ta tour d’ivoire. La poésie, c’est collectif. C’est nous, ensemble ».

Robin Pfeiffer et Maïlys André… À leur manière, les Triolet/Aragon à leurs vers perdus, des poètes trentenaires qui n’ont pas froid aux yeux, prêts à tout lâcher –  un job d’assistante de direction au Musée d’art moderne de Paris, côté elle et des p’tits boulots alimentaires, côté lui – pour se jeter, elle et lui, corps et âme dans « une industrie qui ne va pas nous permettre de devenir millionnaires ! Le théâtre imprimé et la poésie réunis, c’est moins d’1 % des ventes totales de livres en France ! » Qu’importe, le duo nazairo-parisien – à l’œuvre poétique écrite à quatre mains, et publiée dans les revues et fanzines québécois et parisiens – croit dur comme fer en son projet de festival, « sinon à quoi bon ?! » Y croit, et mieux pour preuve, augmente la cadence – de 1 en 2024 à 3 jours pour cette 2e édition –, et ce malgré le contexte budgétaire que l’on connaît, désastreux ! Rêveurs ces poètes en ces temps maudits ? Non, juste déterminés à injecter, diffuser la poésie mise en son dans des lieux incongrus, là où on ne l’attend pas, « l’immiscer et l’insinuer » partout à Saint-Nazaire, autrefois appelée Sanctus Nazarius in Sinnuario… Double sens donc pour Les Insinueuses, un mot inventé de toutes pièces  – « on a fait notre job de poètes ! », sourient-ils – pour un festival qui casse les codes et vise à dépoussiérer, mieux, changer la vision de la poésie traditionnelle, « celle qu’on apprend par cœur sur les bancs de l’école ».    

Vive le Québec livre… sa rime ! 

Tout a commencé il y a trois ans, à leur retour du Québec. Là où ils sont tombés amoureux… de la poésie performative, celle qui s’écrit sur son lit et qui se déclame micro en main sur scène, celle qui se vit, qui vibre, qui se libère de ses carcans, la musique tout à côté caressant les mots dits… « C’est là qu’on s’est dit “Pourquoi ne pas faire la même chose en France ?” » Maïlys en parle alors à sa sœur, Marine, Nazairienne elle aussi, et fan de rap… Un détail de taille, puisque la base de l’ADN des Insinueuses se tient en peu de mots : mixer / poésie / rap ! Un triptyque inédit dans la cité portuaire, une façon atypique d’amener le public vers la poésie, et de le séduire via la musique. Une formule singulière qui fait tilt. Pour la première, en août dernier, 22 participants, et plus de 330 convives entre L’Oiseau Tempête et Le Kiosq. 

« La poésie n’est pas morte et ne le sera jamais. Peu importe où tu vas, où tu es, tu rencontres forcément quelqu’un qui écrit et qui est passionné par ce qu’il fait. Et tant qu’il y aura des humains pour s’amuser avec les mots, aucun risque qu’elle ne meure ! » 

Une prog’ au sonnet de ses arts  

Une première bal(l)ade poétique qui voit encore plus grand cette année… 3 jours, 25 bénévoles, 25 artistes et L’Embarcadère en plus. Au programme, des rencontres avec les écrivains, maisons d’éditions, créateurs de revues, des lectures, des performances, des scènes ouvertes, des concerts entre rap et pop et un DJ set aux confins des genres (voir Agenda)… Du bon, du très bon. Et des envies de folie des grandeurs pour les prochaines éditions : plus de lieux, de jours, s’ouvrir aux ateliers, proposer une programmation jeunesse… Bref, « que dans 10 ans Saint-Nazaire soit pour la poésie ce qu’Avignon est pour le théâtre », ambitionnent les aèdes – également programmateurs du festival L’Estival (78) – qui, par un hasard heureux, se sont trouvés un jour d’il y a cinq ans à la bibliothèque du Centre Pompidou, au rayon poésie…