Marielle imprime sa marque… de fabrique !
Lettres en voyage, une association à bien imprimer dans sa p’tite tête ! Un atelier pas comme les autres qui offre une trêve bienvenue dans cette course effrénée aux nouvelles technologies et Cie. Et en première ligne, Marielle Lefeuvre, en maître des horloges, pour un retour vers le passé garanti. Tout en caractère, et bienveillance…
En plus des ateliers, Marielle Lefeuvre, salariée à mi-temps de l’association en attendant de pouvoir réussir à en vivre pleinement,
vend (en ligne aussi) les fruits de son labeur (cartes postales, carnets, affiches, marque-pages, abat-jour, tableaux…).
Au fond de cette allée du centre commercial de Kerlédé, on l’aperçoit, un peu esseulée… Pas pour longtemps. Bientôt, d’autres enseignes (boulangerie bio…) viendront, comme le café couture et la brasserie qui l’ont devancée de quelques mois, s’y établir…, pour redynamiser ce lieu avant qu’il ne soit démoli dans le cadre d’une opération de rénovation urbaine prévue d’ici à 2030. En attendant, la dernière venue – depuis août seulement – fait déjà couler beaucoup d’encre ! Quoi de plus étonnant quand on sait qu’ici – c’est écrit noir sur blanc –, on “imprime comme Gutenberg, fabrique du papier à l’ancienne et explore la linogravure !” Et c’est par cette accroche “aux caractères” bien trouvés, et par cette proposition atypique qui chatouille notre curiosité que Marielle Lefeuvre nous fait pénétrer, à pas feutrés, dans son antre où, le temps d’un atelier, le temps s’arrête ; où le temps d’un tour de passe-passe savamment maîtrisé, l’art(isanat) devient soudain magie, simple comme bonjour… « Ces arts, précieux car ils font partie de notre patrimoine, fascinent, impressionnent, peuvent faire peur aussi, car souvent méconnus… Mais une fois qu’on démystifie la technique, c’est parti. Et là, le plaisir de créer est sans fin. Certains repartent en disant : Quand est-ce qu’on recommence ? », se réjouit celle qui emmène, toujours un peu plus loin dans leur démarche créative, ses patients découvreurs jamais impatients !
« Ici, on fait du bien à l’âme. »
Ici, les mots se libèrent de leur casse, les fibres recyclées ou végétales extraites de peaux de banane, de poils d’artichaut, d’orties ou encore de poireaux… deviennent papier, l’encre s’y invite, linéaire ou textuelle, parfois hésitante. Alors Marielle rassure : « On a tous de belles choses à dire, et c’est quand même beaucoup plus chouette de mettre ses propres mots en valeur que de se cacher derrière ceux des autres, vous ne croyez pas ? » Une fois le principe de l’atelier expliqué, chacun, lettre après lettre, y va alors de son couplet. Sortent alors du chapeau des revendications, des poésies, des mots d’amour, des rêves, de la philosophie… « Ici, on fait du bien à l’âme. C’est un instant propice à la confidence, presque thérapeutique », confie « l’artisane plus qu’artiste » à la sensibilité généreuse et à l’oreille bienveillante… D’une nature vraie qui fait sens avec ce chemin qu’elle a emprunté, un tournant, telle « une évidence », sans savoir ce qui, au fond, l’y a poussée. « Je sais juste que c’était un rêve d’enfant. »
Puis la vie l’en a dévié, de ce rêve. Des études d’horticulture, des postes dans le commerce de proximité, un long périple en France et… 2015, la révélation, la reconversion. En 2016, retour au Musée de l’imprimerie de Nantes, comme stagiaire cette fois, puis au Moulin du Gôt, « dernier témoin de l’importante activité papetière du Limousin au XVIIIe siècle ». Encore deux ans de stage en pointillé, et voilà que Marielle fait de son rêve d’enfant sa réalité. Elle qui s’imaginait nomade, à promener ses lettres de structure en structure*, pose ses meubles d’imprimerie à grands tiroirs plats et sa majestueuse presse d’époque dans un demi sous-sol d’une école à La Baule. Aujourd’hui “encrée” à Saint-Nazaire, Lettres en voyage – à lire aussi… l’être, un double sens pas si anodin – continuera, sans nul doute, de faire bonne presse et fort belle impression !