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Cinéma # Ciné Malouine

[zoom] fils de

(France 2025) comédie de Carlos Abascal Peiró avec Jean Chevalier, François Cluzet, Karin Viard.
1h45.

Note de la rédaction :

Entre la série surréaliste Parlement et Baron Noir (le noir en moins), voilà une comédie qui ne va pas redorer les ors bien craquelés de Matignon et de l’Élysée. Voire ne faire qu’amplifier un mouvement de défiance envers la démocratie déjà bien entamé en France. Et ailleurs… Fils de entre même étrangement en résonance avec l’actualité politique au lendemain de la démission du gouvernement Bayrou. Ici aussi la question est : qui pour Matignon ? Comme un film d’anticipation sans l’être vraiment, tant ce qui est advenu était attendu. Rien de surprenant donc dans ce long métrage. Comme un copié/collé de la réalité. Preuve, s’il en est encore, que toute ressemblance avec des personnages ou situations existants ou ayant existé n’est pas franchement fortuite : la nomination d’un chef de gouvernement de gauche qui nuirait à la solvabilité de la France. 

Le sous-titre du film aurait d’ailleurs pu être : Recherche 1er ministre désespérément. Car une semaine après l’élection présidentielle, le jeu des chaises musicales se poursuit pour le trouver. Les tractations aussi, avec tout un tas de coups tordus, de coups bas. Ici, tout est permis : de l’attaque physique à la manipulation et aux faux témoignages en passant par des enregistrements volés… Carlos Abascal Peiró réalise un savant mélange d’absurdie, de loufoquerie (un placenta qui disparait d’un frigo) et de cynisme politique (« l’optimisme est une maladie mentale »). Dans ce film qui égratigne la République, les politiciens et ses éminences grises, le casting est, lui, royal. Karin Viard, grimée en vieille bigote gobant des œufs durs, excelle dans la manipulation comme François Cluzet, ancien anar, retiré du monde en Bretagne pour s’occuper des oursins. Leurs répliques percutent et s’enchaînent, rythmant une histoire émaillée de bons gags et de moments “abracadabrantesques”. Certaines formules bien senties semblent même avoir été piquées à de vrais politiciens ou à leurs communicants. « L’État, c’est comme la saucisse tout le monde aime ça mais personne ne veut savoir ce qu’il y a dedans », glisse le malicieux et machiavélique Alex Lutz dans la peau de celui qui se voit déjà en haut de l’affiche, au poste de ministre de l’Intérieur. Faut-il y voir encore une allusion à un autre (Em)manuel lorsque l’un des collaborateurs de cabinet dit souffrir de macrocéphalie ? Sans oublier la collusion entre une journaliste et un jeune loup de la politique… Fils de rend la chose politique drôle tout en la décrédibilisant encore un peu plus. En avait-elle besoin ?