[zoom] Sirāt
(Espagne, France 2025) drame d'Oliver Laxe avec Sergi López, Bruno Núñez Arjona, Richard Bellamy.
1h55.
Sirāt, Sirāt pas, aimera, aimera pas ? Et si la réponse se révélait plus complexe qu’il n’y paraît ? Et s’il fallait outrepasser le concept de pensée binaire pour extraire de cette œuvre quasi non racontable – ce qui n’arrange pas nos petites affaires ! –, toute sa substantifique moelle qui – selon là où l’on positionne le curseur de la sensibilité (inhérente à chacun) –, peut être rompue jusqu’à l’os. Ni noir ni blanc, d’aucuns y trouveront leur compte, conquis par ce road trip mystico-apocalyptique façon Mad Max au suspense insoutenable. D’autres en ressortiront interrogatifs, perplexes quant à la finalité détonante qui frise l’absurde à la sauce Dupieux.
Sous le choc ou amusé, hypnotisé ou détaché, personne ne vivra de la même manière cette étrangeté cinématographique qui commence et (s’achève ?) dans le désert marocain… Avec, en premier plan, un père et son fils pré-ado, à la recherche de sa fille disparue depuis des mois, après une rave party, l’épicentre du récit.
Vingt minutes de techno introductive, quasi sans parole, les enceintes à bloc, les teuffeurs en transe, le tout faisant un avec les éléments rocheux et sableux… Puis un départ dans les abîmes désertiques, chaotique, à l’image de l’état du monde… Qui se devine, se dessine par intermittence, par séquence visuelle ou sonore (populations en exil, colonnes d’engins blindés, guerres sur tous les fronts…). Une analogie d’une contemporanéité flagrante. L’ensemble exalté par une bande-son dosée au millimètre près qui se fond, se confond avec le grand Tout, transcendantal ; sublimé par des panoramiques d’une esthétique quasi religieuse, des travellings à couper le souffle, des lenteurs saisissantes, des acteurs – amateurs pour le quintet d’estropiés et pro pour Sergio López – qui crèvent l’écran… Alors brutal ? Onirique ? Réaliste ? Étrange ? Absurde ?, ce Prix du jury à Cannes… À vous d’en juger.