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Expos # Saint-Nazaire

L’igo des quartiers Nord a l’œil et la manière

À 26 ans, armé de son boîtier, Nicksigo surnommé Le Maire dans sa cité shoote la couleur des quartiers pour tordre le cou aux clichés. Sa dernière exposition, Femmes en lumière, en est une parfaite illustration…

C’est au cœur de la Berthauderie que Nixon Mendy est devenu Nicksigo, un attrapeur d’images qui donne une autre image des quartiers de Saint-Nazaire.

Checks stylés, échanges de “salut/ça va” avec les gamins du quartier, et retour à nos petites affaires quand ces dernières ne sont de nouveau suspendues par cette joyeuse et franche ritournelle… Une star, Nixon Mendy (?), depuis que son alias Nicksigo fait le buzz avec ses publis sur Insta, multiplie les interviews dans la presse et s’affiche, par son œuvre photographique, sur plusieurs pages du dernier Sinon, le mag’ des jeunes du coin ; une star alors ? « Noooooon, certainement pas », sourit-il, un brin gêné. N’empêche, il a beau dire… Ici, au cœur de la toute métamorphosée Berthauderie, il est connu comme le loup blanc. Pas pour rien qu’on l’appelle… Le Maire ! « Je ne fais pas de politique », rétorque illico presto ce jeune “mec” (pour igo) de 26 ans à l’allure streetwear, sans s’excuser d’être un citoyen engagé qui met son art visuel et sa tchatche ensoleillée à la défense des quartiers, « toujours de manière positive. Il est là mon taf : essayer de mettre de la couleur là où d’autres essaient de noircir le tableau, et d’utiliser ce que j’ai autour de moi pour ouvrir les esprits. Je ne dis pas que j’arriverai à changer les mentalités, à briser les préjugés, mais si on ne tente pas… ».  

Du bâtiment 57… 

Et comme Nicksigo n’est pas du genre à s’avouer vaincu, c’est l’arme au poing qu’il va au-devant. Par arme(s), entendons Certifié Nazairien, son association d’un an passé qui se donne pour cheval de bataille de mettre en lumière les jeunes (et moins jeunes) talents de la cité, via le sport, la culture et l’art ; et son boîtier qu’il trimballe partout depuis… 

« Avec les potes, on parlait rap, bécane…, jamais de photographie. Longtemps, je me suis tu… Aujourd’hui, j’encourage les jeunes à dire, à oser, à entreprendre.
Ni manager ni vendeur de rêves, je leur dis juste d’aller au bout de leurs idées. Toujours y croire, et ne jamais voir l’échec comme un échec.
»  

Bâtiment 57. « C’est celui-là », indique-t-il d’un léger hochement de tête, assis à discuter sur un banc de l’aire de jeux, à deux pas du city stade. Bâtiment 57. Là où tout a commencé. Il y a huit ans. Là où Nixon est devenu Nicksigo. Là où il s’est ouvert au champ de tous les possibles. Sur le terrain, son terrain, dans « [sa] bulle », à shooter ses potes… Pas meilleure école ! L’école, d’ailleurs, parlons-en… Tout juste 14 ans, et déjà il ne s’y (re)trouvait pas, séchait les cours, passait son temps à geeker dans sa chambre du bâtiment 61, à zieuter des tutos sur les métiers du design, du graphisme, à manipuler les logiciels, à faire des montages… photos, qui n’étaient pas les siennes ! Hic, le déclic. À 17 ans « et demi », il y tient, il achète, grâce au dispositif Garantie Jeunes son premier Canon. « Le lendemain, j’ai regretté. Je n’y connaissais rien en photo ! Mais comme chez nous l’argent est sacré et le gaspillage n’existe pas, il m’était impossible de le laisser prendre la poussière. » 

 

… à la lumière 

Sorti du carton, Nicksigo pousse alors son nouvel objet pas encore identifié dans ses retranchements. Résultat ? Une première expo, en 2019, à La Source. Comme un banlieuArts, des portraits saisis sur le vif dans les quartiers de Saint-Nazaire, pour « déconstruire l’idée qu’on se fait de cette jeunesse, trop souvent cataloguée et mal jugée ». Puis les projets s’enchaînent, avec des artistes d’ici et de plus loin, avec le Mrap*, le Cada, Les eaux vives… Et là, cette année, avec les maisons de quartier de la Chesnaie/Trébale et de la Bouletterie pour Femmes en lumière, seize portraits en couleur illustrés de leurs récits de vie… à découvrir jusqu’au 4 octobre. Pour 2026, le photographe projette de réactualiser son regard porté sur Comme un banlieuArts, en se réinterrogeant sur qui sont les vieux d’aujourd’hui et les jeunes d’hier avec, en légende, de petites lignes inspirées, et au premier plan, toujours ancrées, « ces notions de respect et d’engagement. Une philosophie de quartier qu’il ne faut pas perdre ». 

* Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples ; Centre d’accueil pour demandeurs d’asile.