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Expos # Saint-Nazaire

« Un coup de poing dans la gueule »

Interview “coup de poing” avec le dessinateur de presse nantais, Frap.

Estuaire : « S’il y a un mot pour définir le dessin de presse, lequel serait-il ? 

Frap : Subversion. 

Qu’est-ce qu’un bon dessin de presse ?  

« Un coup de poing dans la gueule », comme disait Cavanna. J’en ai fait ma devise. Certes, on n’y arrive pas tous les jours, mais c’est l’objectif. Le dessin de presse n’est pas fait que pour faire rire ou sourire. C’est une provocation, dans le sens noble du terme, où il sert à générer l’esprit critique, et sert de ce fait la citoyenneté. 

Où se situe la limite à ne pas dépasser pour que la satire ne devienne pas offense ? 

Il n’y a pas de limite. En revanche, il y a une limite à la loi. La loi n’est pas une question d’offense, c’est une question de diffamation, d’insulte publique, d’apologie de la haine.  

Le dessin de presse comme arme absolue ?  

L’arme tue, le dessin ne tue pas. Et tout dépend de qui s’en sert ! Dans de bonnes mains, c’est une arme douce et démocratique. 

Est-ce que le dessin de presse est en danger ?  

Absolument, on le voit dans les régimes autoritaires, dictatoriaux, dans les régimes ultralibéraux, conservateurs, par l’interdiction ou la censure. D’ailleurs, il y en a de moins en moins, de dessins. La liberté d’expression, elle n’est jamais gagnée, jamais acquise. C’est un combat au quotidien. À nous de faire en sorte de la préserver. Ici, certes, c’est plus tempéré, mais vous savez, quand j’ai commencé, c’était : « Pas de sexe, pas de religion, pas de mort ! » 

Une espèce en voie de disparition ? 

J’espère que non. J’espère qu’une génération nouvelle prendra la suite du dessin de presse en ligne, quand il n’y aura plus de journaux papier. J’ai assez confiance, elle inventera sa façon d’informer et de s’informer au sens plein du terme, qui n’est pas forcément la nôtre aujourd’hui. Mais aucune raison qu’il n’y ait pas autre chose après. 

Sans dessin de presse, pas de démocratie ?  

Sans la liberté de la presse, sans la liberté d’informer, sans la liberté d’expression, pas de démocratie. « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », disait Beaumarchais. C’est toujours valable !  

Un dessin préféré ?  

Aucune idée… Pour moi, le dessin de presse, ce n’est pas une œuvre d’art. C’est du journalisme, une activité journalistique qui utilise une technique artistique. C’est un “art”, si l’on veut, mais éphémère. Quand l’actualité est passée, quand le journal est refermé, il ne sert plus qu’à emballer les éplucheurs de légumes ! On ne fait pas ça pour la postérité. 

Le dessin de presse, vous avez ça dans le sang ?  

Depuis gamin ! Aujourd’hui, j’aurais du mal à m’en passer. Comme je dis toujours à mes copains, le jour où ça commence à devenir tremblant, vous me prévenez… Que j’arrête ! Mais quand on a cette chance, ce privilège d’être le bouffon du roi, de pouvoir se moquer tous les jours des puissants, sans risquer de se faire couper la tête et en étant payé pour, on fait tout pour le garder le plus longtemps possible, ce privilège… » 

à lire : Le dessin de presse s’expose, s’exprime, extase…