[zoom] Le mage du Kremlin
(France 2026) thriller d'Olivier Assayas avec Paul Dano, Jude Law, Alicia Vikander.
2h25.
Comment saisir la Russie, l’épaisseur de son histoire politique passée et présente, comment l’appréhender, la filmer de l’intérieur sans y avoir mis les pieds ? C’est le pari — audacieux, et non sans risque, l’œil de Moscou oblige ! — qu’Olivier Assayas a relevé en adaptant le roman éponyme de Giuliano da Empoli pour en tirer une fresque à la frontière du documentaire et de la fiction. Car si Vadim Baranov n’a jamais existé à proprement parler, le personnage qu’il incarne emprunte néanmoins plusieurs traits à un visage bien réel, celui de Vladislav Sourkov, l’opportuniste avant-gardiste théâtreux devenu « le Raspoutine » du tsar Poutine, ici relégué au second rang… Tsar en son royaume mais pas star sur les plateaux…“hollywoodiens”, le terme de facto adéquat pour rendre compte de l’atmosphère qui s’en dégage, bien que tourné pour l’essentiel en Lettonie. Comme quoi le décor ne suffit pas… Très à l’américaine, Le mage du Kremlin se joue des bonnes manières ! Et a du mal à convaincre, à l’image de Jude Law bien à l’étroit dans son costume de “pion par intérim”, le genre de « bon candidat, de nain infantile qui n’a pas inventé la poudre, mais qui fera l’affaire » le temps que la Russie se « réinvente » à la verticale sous la coupe des oligarques ! Mais c’était sans compter sur le machiavélisme de l’ambitieux Poutine. Et de son impérieux et ambigu bras droit Baranov, qui fait partie de ces spin doctors – ces malgiciens (et non mages) qui infiltrent les esprits, modèlent les discours, façonnent les images – et sans qui, sans doute, Poutine ne se serait pas Poutine. Sur le papier, le sujet est passionnant… Comment ne pas adhérer à ce presque docu-fiction qui balaie quatre décennies d’histoire de la Russie ? Rien n’échappe au cinéaste, des crèmes glacées soviétiques aux téléphones Vertushka, du lait de Gorbatchev à la chute de Eltsine, des nuits artistico-punk underground à la tragédie du sous-marin Koursk, de la guerre de Tchétchénie où Poutine se dit prêt à aller « les buter jusque dans les chiottes » aux loups de Wagner, de la montée du KGB à l’anéantissement des oligarques, de la révolution orange en Ukraine aux JO de Sotchi, des Pussy Riot à la Sibérie, d’Internet pour « bidouiller les circuits neuronaux » au chaos… Tout est passé en revue, ou presque. Passionnant, exaltant s’il n’avait été soporifique ! Deux heures quarante de confessions mal doublées, de flashbacks périlleux, de tirades sorties tout droit d’un recueil de citations, avec l’impression barbante d’assister à un cours magistral sous l’ère… soviétique ! Dommage.