L’Art d’aimer façon Pétrarque !
Celui qui a « écrit 20 ans dans le noir » fait un joli pied de nez aux maisons d’édition en sortant son 9e roman, Courir à ce qui me brûle, l’élan poétique d’un poète florentin du XIVe siècle, consumé par l’amour idéalisé d’une femme entrevue peut-être qu'une seule fois dans sa vie. Le roman fiction dont le Nazairien Jean-Pierre Suaudeau est le plus fier, « pour l’instant ! »
Ce livre est une façon « de déboulonner les statues, de montrer que ce grand érudit n’était pas si extraordinaire que ça ! Je ne parle de rien d’autre que de sa vie de tous les jours, et de son amour pour Laure ».
De ce livre, il en ressort, « un peu fragilisé, et grandi », comme si ce bout de chemin partagé avec Pétrarque*, comme si cette proximité « très forte » tissée, tressée au fil des mots entre ces deux hommes de lettres que 700 siècles séparent, l’avaient quelque peu chamboulé. « Ça chavire ! Ce n’est pas rien de s’attaquer à un tel personnage. J’avais la pression, celle aussi de ne pas décevoir »… Qui ? Les lecteurs ?, déjà conquis. Les fins connaisseurs ?, sous le charme, et d’aucuns en attente d’une traduction en italien. Pétrarque lui-même ?, allez savoir… L’érudit, poète et humaniste qu’il fut, « aussi touchant qu’agaçant, tant il était pétri de contradictions et tant il nourrissait une très haute opinion de lui-même », aurait certainement savouré l’idée que l’on s’inspire de sa “petite” personne pour en faire matière à roman.
Un contrat romanesque
Un roman, oui, le mot est posé. Car Courir à ce qui me brûle, et Jean-Pierre Suaudeau y tient, n’est « ni une biographie, ni un livre d’histoire ». Plutôt, une sorte de contrat romanesque ou, dirait-on dans les salons littéraires germanopratins, une exofiction, une sorte de réalité supposée, une base romancée construite autour de faits réels. Et ça, Pétrarque en raffolait ! « Il s’arrangeait beaucoup avec la réalité. Pour preuve, L’ascension du mont Ventoux… ». Mais là n’est pas de savoir s’il l’a escaladé ou non ! Ce texte « évoque une partie de sa vie, celle où il s’isola à Fontaine-de-Vaucluse, « abri de mes soupirs (…) pour m’abandonner à mes rêveries lentes », écrivait-il, » loin de la cour du Palais des papes, d’Avignon, la Babylone, comme il la nomme, ville de débauche et d’immoralité…
« La fiction n’est-elle pas plus vraie que la réalité ? », partage l’auteur. À méditer.
Pétrarque à Vaucluse
La Provence, « un arrêt du temps, là où le vent est absent, là où rien ne bouge », une région chère à l’auteur nazairien aux neuf romans, qui y passe, depuis plus de 40 ans, une partie de l’année. Sa source, son inspiration, le lieu de naissance de son désir d’écriture. Et surtout, le prétexte de ce roman qui « déplie l’histoire de la passion idéalisée liant l’un des pères de la poésie lyrique moderne à Laure, muse insaisissable, qu’il aurait croisée une ou deux fois, seulement. Et celle, plus souterraine, qui surgit dans la vie du narrateur en une sorte de décalque ». Laure, son obsession. Il passera plusieurs décennies de sa vie à lui écrire des sonnets. Plus de 300 sur les 366 que contient son Canzoniere, dont on découvre certaines citations, au fil des pages, à commencer par la couverture. Courir à ce qui me brûle, juste… Inspirants. Aspirants. Pétrarquisant !**
* Francesco Petrarca francisé Pétrarque (1304-1374)
** Pétrarquiser : célébrer en vers un amour idéalisé en recourant à des images brillantes et précieuses (source : Dictionnaire de l’Académie française)
// ses autres romans
• Aux éditions Publie.net :
Le lac (2009)
Femme à la nature morte (2010)
Photo de classe/s (2012)
La partie (2014)
Miroir de l’absente (2017)
• Aux éditions Joca Seria
Les Forges, un roman (2018), nominé pour le prix Eugène-Dabit du livre populiste 2018 et pour le prix Grain de Sel 2018
Poétique d’une idole, rêver Johnny (2022)
• Aux éditions Y, collection Bloc-notes
Vincent, François, Johnny, le vieux Pline, Jehanne et moi (2022)