Quand les voix s’alignent sur la ligne de bus
Depuis un an, le Centre culturel de Trignac vibre au son des voix féminines recueillies par Tesslye Lopez et Isabelle Mandin. En résidence de création, les deux réalisatrices ont investi les espaces publics et sillonné, micro en main, la ville en bus (et pas que !) pour donner forme à une création sonore engagée et universelle. Les deux premiers épisodes De Joyeux à Bel Air seront à découvrir les 3 et 6 mars, dans le cadre de la Semaine internationale des droits des femmes.
Tesslye Lopez et Isabelle Mandin en résidence au Centre culturel Lucie-Aubrac.
Qu’est-ce que De Joyeux à Bel Air ?
Une traversée documentaire et sonore de la ville, réalisée entre deux arrêts de bus d’une ligne de Trignac : Joyeux et Bel Air ! Un genre de promenade urbaine portée par des voix de femmes et de jeunes filles qui s’expriment sur leur place dans les espaces publics. Une thématique qui, en arrivant ici, il y a un an, s’est très vite imposée à nous. Trignac, ville à l’histoire sociale militante très ancrée, est devenue pour nous un terrain d’écoute et de rencontres très riche. De Joyeux à Bel Air est un documentaire d’intervention sociale. D’ailleurs, c’est ce qui nous relie artistiquement, cette même sensibilité pour les sujets sociaux. Les femmes, les personnes peu visibles, peu audibles dans les médias. Ce qui nous intéresse, ce sont les vécus, les expériences intimes qui racontent quelque chose de collectif. Notre ADN, l’ADN des Films Hector Nestor, association créée en 2014 et dont le siège se situe à Saint-Nazaire, depuis un an !
Comment ce documentaire prend-il forme ?
Par deux épisodes. Le premier, Dans la place (16 mn), raconte l’expérience, les ressentis de Chloé, Zoé et Floriane, quand elles sortent dans la rue, prennent les transports en commun ou les petites routes de campagne pour aller courir…, en toute liberté. Ainsi que les stratégies qu’elles mettent en place pour pouvoir continuer à se sentir bien et libre dans les espaces publics. Dans le deuxième, Récréation (10 mn), nous sommes allées à la rencontre d’élèves de CM2 qui parlent de l’espace partagé de l’école, à savoir la cour et de ce qu’elles ont à en dire, de ce qu’elles aimeraient voir changer. Des récits de voix qui prennent racine à Trignac, mais qui résonnent bien au-delà, car ces voix sont universelles.
Y a-t-il une phrase qui résume le projet ?
Une phrase revient souvent : « Ce n’est pas tous les garçons ». Et justement, notre propos n’est pas de cibler des personnes, des lieux en particulier, mais de montrer que ces expériences relèvent d’un système, d’une logique qui se répète dans le partage des espaces publics. L’idée, c’est que toutes ces femmes, jeunes filles puissent l’exprimer sans être accusatrices, et sans mettre les garçons dans une posture d’accusés.
Quel est l’objectif profond de ce projet ?
De provoquer de l’empathie. Que des filles puissent entendre que ce qu’elles ressentent est partagé par d’autres. Que des garçons puissent, à leur tour, expérimenter par l’écoute une réalité qu’ils ne vivent pas de la même manière. Il s’agit de créer une petite étincelle, une prise de conscience. D’ailleurs, on aimerait pouvoir donner la parole aux garçons, qu’ils s’expriment sur comment ils vivent l’espace public.
D’autres épisodes sont à prévoir, alors ?
Le projet est évolutif et comme nous sommes à Trignac jusqu’à la fin de l’année… On a des pistes, des écoutes avec les collégiens, collégiennes sont prévues en mars. Mais avant, ça se construit avec des personnes qui sont prêtes à témoigner ! Ce n’est pas rien tout de même de parler de soi, de raconter comment on vit des choses pas toujours simples. En parallèle, on travaille sur un film sur la démolition des Forges. Il sera diffusé lors des Journées du patrimoine, en septembre prochain.
À quoi va ressembler la sortie de résidence De Joyeux à Bel Air ?
Ce sera une restitution sous forme d’écoute collective, en petit groupe, pas plus de 20 personnes. Le son laisse une grande place à l’imaginaire et permet une immersion immédiate. Avec le casque sur les oreilles, l’écoute devient intime. Une fois retiré, place à l’échange…
// à voir aussi
lesfilmshectornestor.org : à découvrir Habitantes (2021), Croquantes (2022), D’une seule voix, réalisé avec le Planning familial 49 (sortie en mars) et Les Murs Invisibles, sur une troupe inclusive (une campagne de financement participatif est en cours pour finaliser la post-production).