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Cinéma # Salle Jacques-Tati

[zoom] Woman and child

(Iran 2026) drame de Saeed Roustaee avec Parinaz Izadyar, Sinan Mohebi, Payman Maadi.
2h11.

Note de la rédaction :

Tout est beau, au commencement. De la lumière, pleine et blanche, dans ce grand appartement, de celle qui irradie…, des regards rieurs, des chamailleries, de l’amour à profusion, des devoirs écrits sur la vitre, des petits “arrangements – entre un petit-fils, le seul “homme” de la maison, et sa grand-mère – qui laissent déjà entrevoir, de la part du réalisateur Saeed Roustaee, une première esquisse de dénonciation d’une domination masculine, de celle qui s’installe très tôt, presque insidieusement, comme profondément enracinée dans les pratiques éducatives inhérentes au régime des mollahs. Le poids du patriarcat au cœur de ce film coup de poing (qu’on prend en pleine face), assurément engagé du côté des femmes iraniennes. Ces mêmes femmes, prisonnières de leur hijab que Mahnaz, sa sœur et sa mère gardent en permanence, jusque dans cet écrin intime qu’est leur foyer. Un “détail” pas anodin qui vient accentuer l’asphyxie sociétale dont les Iraniennes cherchent à s’arracher pour respirer la Liberté à pleins poumons, souvent au péril de leur vie. Parfois, pour un voile mal ajusté… Il y a encore peu, Nargès Mohammadi, prix Nobel de la paix et figure majeure de la défense des droits des femmes, et de nouveau condamnée à une peine de 7 ans dans la sinistre prison d’Evin, dénonçait ce prétendu “droit divin”, en déclarant : « La domination patriarcale est maintenue sur la tête des Iraniennes de leur naissance à leur mort. » Mahnaz, infirmière de 45 ans, veuve avec deux enfants, sait de quoi il retourne, pour la subir au quotidien, cette domination. La subir, d’abord avec cet “amoureux transi”, un oppressant pressé de la savoir à son bras et qui, comble de l’entendement, l’oblige – le temps de la cérémonie de demande en mariage à laquelle sont conviés les proches du futur époux –, à effacer tout ce qui fait lien avec ses enfants, jusqu’à leur propre existence. La subir, encore avec le conseiller d’éducation du lycée qui décide l’expulsion temporaire du fils « turbulent », la veille de la cérémonie ! L’adolescent, privé de voyage scolaire, est alors confié, avec sa petite sœur, à son grand-père paternel. Et là, plus de mots, le choc, le basculement dans les ténèbres, le souffle suspendu. On assiste, anéantis, à la descente aux enfers d’une mère qui voit son monde s’écrouler sous ses yeux, tel un effet papillon, une catastrophe en appelant une autre dans ce saisissant et terrible drame familial où trahisons, coups bas, mensonges, non-dits…, deviennent le lot quotidien de cette femme forte, moderne, indépendante qui cède, qui sombre, qui se relève, qui se transforme en une figure mythologique, à la fois vengeresse et justicière. Un film de résistance iranienne et universelle qui parlera à toutes les femmes, à toutes les mères. Un film glaçant, d’une intensité rare qui met KO. Pas d’autre mot.