Entretien avec un vampire… de Besné !
Avec Les dents du marais, Hugo Aribart et Jean-Marc Ledeuil ressuscitent le roman-photo entre frissons et second degré, et lui redonnent ses lettres d’angoisse à la sauce briéronne.
« Des vampires qui sentent la tourbe », ça ne court pas les rues. Mais du côté de Besné, où les brumes semblent vouloir envelopper cette terre de légendes sibyllines, nul ne peut jamais être tout à fait sûr de rien ! D’ailleurs, depuis peu, il en est un qui, après 10 ans « d’exil en sommeil » – trop long à son goût –, décide de reprendre du service. Et forcément, il fait couler beaucoup de sang, et d’encre ! Au point de le voir s’inviter, toutes canines dehors, en Une de la presse locale : “Terreur en Brière”, titre Le Ragondin Libéré ; “Un trafic de sang en Brière ?”, s’interroge L’Écho des Marais ; “Les chasseurs se mobilisent”, informe Le Mensuel du Blaireau… La psychose s’empare du village, les habitants sont sens dessus dessous alors qu’Hugo Aribart et son acolyte Jean-Marc Ledeuil s’apprêtent, l’esprit malin, à nous conter* la genèse de ce « coup de folie » vampirique aux allures de série B !
Bien que « véridique et totalement inventée », cette histoire « terrifiante » est d’abord l’histoire de deux Besnéens d’adoption, l’un écrivain, l’autre photographe, qui se sont pris au jeu du roman-photo ! « Une histoire, précisent les amis de longue date, qui ne se prend pas au sérieux mais qu’on a faite sérieusement. » Et c’est dire. L’été 2023, ils se replongent dans de vieux magazines d’horreur des années 70, font l’acquisition de deux numéros (récents) de Nous Deux, l’icône pop du roman-photo à l’eau de rose, revisionnent quelques classiques : « Aussi bien dans les images que les dialogues, Les dents du marais est truffé de clins d’œil…, des films muets à Star Wars, en passant par Jean de La Fontaine, Nosferatu, Bram Stoker, et les Briérons, assurément ! » Le tout, en respectant les codes de ce genre narratif longtemps ringardisé, situé au croisement de la bande dessinée et de l’essai graphique. Et qui semble (re)devenir tendance !
« On assume à 100 % le côté rétro-kitsch. On est complètement hors monde, carrément en décalage et un gentiment moqueur. C’est rock’n’roll gothique », et ça, ça les « amuse », autant que d’entraîner le lecteur dans une déambulation vampirique de Besné, et de la Brière, « presqu’un personnage à elle seule », assure Hugo qui, dans ce récit photographié, prête ses traits au comte de la Houstinière, tandis que Jean-Marc endosse le rôle du conteur et grand spécialiste des anguilles fumées ! Un roman-photo qui n’aurait pu voir le jour sans la trentaine de figurants et complices – Besnéens à 97 % – qui se sont embarqués dans cette aventure délicieusement sanguinaire. Et comme tout roman-photo digne de ce nom qui obéit à la logique sérielle, Halgana, la femme écrevisse devrait bientôt paraître ou pas ! Que de mystères qui inspirent… Ou aspirent !