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Chroniques # Saint-Nazaire

Une pionnière à Saint-Nazaire

Elle s’appelle Jeanne Henry. Dans le Saint-Nazaire du début du XXe siècle, cette jeune femme voue sa vie à la défense des enfants défavorisés. Les enfants de l’œuvre de Jeanne Henry (LEOJH), association à l’origine du livre Un siècle de protection de l’enfance à Saint-Nazaire, entretient toujours la mémoire de l’œuvre de la « bonne demoiselle », bénévoles et travailleurs sociaux…

Jeanne Henry naît en 1908 dans d’une famille aisée de commerçants nazairiens. Elle a 20 ans quand elle choisit de consacrer son existence à l’aide à l’enfance démunie. « Près de la maison familiale de la rue de Nantes, grande rue commerçante de la ville portuaire de l’entre-deux-guerres, on tombe sur les taudis où vivent les ouvriers dans des conditions inhumaines », explique Guy Verchère, vice-président de l’association Les enfants de l’œuvre de Jeanne Henry. « Ces hommes et ces femmes font ce qu’ils peuvent pour subsister pendant que les enfants sont livrés à eux-mêmes. Alcoolisme, prostitution et délits sont les seules issues pour la plupart. Bien que de santé très fragile, Jeanne met toute son énergie à courir de commissariat en famille d’accueil afin de donner une chance de vie meilleure aux enfants abandonnés ou aux jeunes délinquants. Sans elle, beaucoup seraient partis en prison ou même au bagne ». Pour officialiser son combat, et ne pas rester seule, en 1928, Jeanne décide de représenter localement l’Œuvre de l’adoption, mouvement catholique d’aide aux enfants orphelins ou abandonnés. Épuisée par la maladie, elle s’éteint à 33 ans, en 1941. Grâce à ses nombreux compagnons et malgré les difficultés liées à la guerre, l’Œuvre continue d’exister en se modifiant pour s’adapter aux contraintes sociétales.  

Vers une vie d’adulte équilibré 

De nos jours, l’association Les enfants de l’œuvre de Jeanne Henry fait le lien entre les anciens bénéficiaires et les anciens salariés de l’Œuvre dans un but d’entre-aide ou simplement pour le plaisir de se retrouver. C’est donc naturellement que l’idée de ce livre est apparue. Au travers des récits de vie de ceux qui ont vécu au cœur de l’association, de photographies ou documents d’archives, l’ouvrage Un siècle de protection de l’enfance à Saint-Nazaire rend hommage à sa fondatrice ainsi qu’aux professionnels, bénévoles et enfants placés. Grâce à l’implication et à la volonté de chacun, d’anciens adolescents à la dérive ont pu appréhender les bases d’une vie équilibrée. À l’instar de Linda Gergaud, désormais présidente de LEOJH : «  De 15 à 20 ans, j’ai cohabité avec deux autres jeunes filles dans un appartement. Cela nous a donné de l’autonomie et appris les contraintes de la vie d’adulte ». Laurent Nicol, éducateur à la retraite, insiste sur le lien à conserver. « Ce livre permet d’aller plus loin, plus profond que nos rencontres occasionnelles. Notre objectif est de créer une passerelle entre le passé et le futur de l’aide à l’enfance. »