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Portraits # Donges

Du burn-out au B(l)oom littéraire

Nantaise d’origine et aujourd’hui installée à Donges, Léonie Bloom a fait
de l’écriture bien plus qu’une reconversion : une floraison. Après un burn-out
qui a bouleversé sa trajectoire, cette ancienne directrice d’hôtel de luxe
s’est imposée en quelques années comme une autrice en plein essor,
portée par des récits sensibles où se mêlent quête de soi, transmission…,
et destins de femmes. Son dernier ouvrage en est une belle illustration.

Des études en sciences politiques, dix-huit ans dans l’hôtellerie de luxe – de la Polynésie à La Baule, où elle dirige un hôtel pendant huit ans –, puis la rupture, le burn-out, et six mois plus tard, un premier roman à mi-chemin entre romance érotique et développement personnel. Autoédité en 2023, La nuit où elle a allumé l’étincelle rencontre son public : 5 000 lecteurs dès sa publication, l’élan décisif qui la conforte dans son choix de continuer à écrire, « sa bulle d’oxygène » qui l’a sortie du “KO”. Derrière son pseudonyme fleuri, à 42 ans, Léonie Bloom – bloom signifiant floraison en anglais – reconnaît : « Ce burn-out est une chance, il a changé ma vie. Sans ce mur pris en pleine figure, je n’aurais sans doute jamais osé tout ça. »  

Carton plein avec le « petit vieux » ! 

Tout ça, c’est un deuxième roman, paru quasi dans la foulée, en 2024. Le petit vieux qui a fait le tour du monde (3 fois), l’histoire d’une amitié improbable entre Zoé, 17 ans, et son voisin Pierre, ancien marin de 92 ans au tempérament bien finistérien ! Inspiré du grand-père du mari de l’autrice, mais à mille lieues des Mémoires de De Gaulle et de Churchill « dont il espérait ! », ce roman livre un récit tendre et décalé, plein « d’amour et de résilience, le tout traversé de souvenirs d’escales, de blessures bien rangées au fond du tiroir, de rêves oubliés, de rires, de larmes… » Bref, un carton plein : 30 000 exemplaires vendus, le prix des Plumes francophones – l’un des plus gros concours d’autoédition avec 1 500 participants en lice – arraché haut la main, et son livre étudié dans une classe d’un lycée bordelais ! Un succès qui aurait pu lui monter à la tête…. Tout l’inverse, syndrome de l’imposteure estimé au max sur l’échelle de Clance, légitimité de l’écrivain à zéro : « Le succès m’angoisse, l’échec m’angoisse. Pour moi, c’est un accident, une histoire de bon alignement de planètes…  Mais rien ne garantit que mon prochain roman soit aussi bien aligné ! » Pourtant, c’est bien parti !  

Grande histoire et combat de femmes 

Finie l’autoédition. Avec son « petit vieux », Léonie s’est fait remarquer. Six maisons d’édition lui ont fait les yeux doux. Elle a choisi l’anglo-saxonne HarperCollins qui vient tout juste d’éditer son 3e livre, Le voyage de mille lieues. Un roman d’anticipation à double temporalité, construit en miroir, où deux récits s’entrelacent et se répondent. L’un se conjugue au présent, sur fond de lutte intime, de quête de soi ; l’autre, au passé, déploie une fresque familiale ancrée dans la grande histoire, de 1900 à nos jours, et dans les combats collectifs de femmes « indomptables », soit 95 % des personnages du livre. D’un côté, l’histoire contemporaine de Colombe, 26 ans, fleuriste bretonne qui se fane, et de l’autre Yvonne, sardinière dès l’âge de 10 ans, et en première ligne lors des grèves des Penn Sardin de Douarnenez, en 1924… La Bretagne, encore, au centre de son récit, la terre chérie de la Nantaise d’origine qui rêve de réunification. Comme elle a toujours rêvé, ado déjà, de devenir écrivain ! 

To be continued 

Pour ce nouveau roman, elle s’est plongée dans un important travail de recherche : lectures de thèses sociologiques, participation à des conférences, jusqu’à un stage dans un élevage artisanal de cochons ! « Être au plus juste, approfondir, expérimenter, ressentir », dit-elle, évoquant aussi ce que l’écriture lui révèle d’elle-même : « Elle me permet de comprendre qui je suis. » Au fil des pages, Léonie Bloom voit alors ses obsessions réapparaître – la transmission, l’identité… « Eh oui, on a tous un peu de Colombe en nous ! », ainsi que les valeurs qu’elle défend à bout de plume, notamment la place de la femme… « J’ai tellement de sujets qui m’intéressent. » Jamais à court d’idées, elle évoque déjà une ébauche de quatrième roman, où pourrait se dessiner la question du burn-out. Par là où Léonie Bloom a commencé à s’ouvrir, telle une fleur à l’orée de sa floraison littéraire. Qui, entre nous, n’est pas près de s’étioler !