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Cinéma # Salle Jacques-Tati

[zoom] Autofiction

(Espagne 2026) comédie dramatique de Pedro Almodóvar avec Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón.
1h51.

Note de la rédaction :

Un A comme Autofiction, signé par le A d’Almodóvar… qui nous surprend en sortant de ses codes cinématographiques, et pour le meilleur ! Pas de Maura, de Cruz ou d’Abril… Mais une Barbara Lennie et une Victoria Luengo au sommet de leur art, sans compter sur l’incontournable almodovarienne, Rossy de Palma. Autofiction, un film qui porte bien son nom. Ici, deux mondes s’entremêlent : fiction et réalité. La première scène commence sur Elsa, qu’on croit personnage principal du film. Elle se révèle in fine être un personnage totalement fictif, inventé par Raúl, cinéaste en manque d’inspiration. Pour pallier ce néant artistique, il s’inspire des gens qui l’entourent, créant ainsi de parfaits alter ego de ses proches, et de lui-même. Sa collaboratrice, son petit ami et son propre passé deviennent alors ses premières muses, dont les vies sont déchirées de drames, de deuils et d’accidents. Mais parce qu’un Almodóvar sans une atmosphère dérangeante n’est pas un Almodóvar, la mentalité de Raúl devient peu à peu malsaine…, comme s’il attendait de voir les autres souffrir pour nourrir sa matière littéraire, comme s’il était affamé d’accidents, de chagrins et de malheurs. Empathie ou jubilation ? Une interprétation libre à chacun, à défaut de pouvoir entrer dans la tête du personnage. À l’écran, les mots du scénario se transforment en image, perturbant ainsi le spectateur en mélangeant sans distinction l’imaginaire de Raúl le cinéaste, en 2004, et le monde réel du peu cernable Raúl, en 2025. Ainsi la phrase du film qui lui est destinée : « Tu es en train de confondre la fiction avec la réalité » s’adresse de facto au public. On peine à démêler le vrai du faux… Un délicieux casse-tête très bien réalisé et une troublante mise en abyme qui se dénoue au fil de cette brillante comédie dramatique aux antipodes d’un Almodóvar incarné, lui qui a pour habitude de filmer des scènes assez trash. On dirait bien qu’il s’est assagi en 2026 ! Ici, pas de violence, pas de perversion, pas de manipulation. Au centre de son œuvre : l’angoisse et le vice. Deux thèmes amenés et traités de manière captivante, gardant ainsi en haleine le public, bien que la fin s’étende un peu en longueur… Même s’il s’aventure dans le registre du soft, Almodóvar reste fidèle à lui-même ! Un langage plutôt cru, une ou deux scènes de strip-tease, une chanson comme réconfort vital et la mise en avant des femmes, avec les hommes relégués au second plan. Un film où on pleure, on se remet en question, on compatit, on déteste, on aime, on rit un peu… Entre nous, Autofiction aurait peut-être mérité un prix au festival de Cannes !