Cargo : Objectif plage
Du 26 juin au 27 septembre, le festival photographique prend ses quartiers d’été dans la cité portuaire, et déroule sa serviette sur… la plage, le thème de cette 6e édition aux couleurs du Chili. Entre horizons familiers et rivages lointains, photographes confirmés et talents émergents n’hésitent pas à mouiller le maillot et dévoiler leurs visions de cet espace à la fois intime et universel.
La plage…, coquillages et beaux clichés. Pas meilleur terrain de jeu pour saisir des instants heureux, d’insouciance et de désinvolture, à contre-courant d’une actualité à tendance morose. Un thème oui, assumé, que le festival Cargo a voulu « joyeux, dans un monde certes qui ne l’est pas ». La plage, ô combien propice aux récits photographiques, comme territoire d’inspiration infinie et matière première précieuse pour raconter, en images, des histoires sensibles, intimes, profondément humaines. Des premiers émois aux veillées entre ados, des familles réunies sous les parasols aux solitudes contemplatives, sans oublier les incontournables châteaux de sable érigés par ces petites mains rieuses ! La plage, comme « miroir de la société. Un espace où se croisent toutes les générations, toutes les cultures et toutes les couches sociales, le vêtement disparu, soudain sur le même pied d’égalité », dixit Dominique Gellé, créateur des Photographiques de Saint-Nazaire.
Tour de plage en images
Pour cette 6e édition, objectif est donné au collectif d’artistes féministes Nues qui exposera ses… nues à la plage à la galerie Mostra à Nantes jusqu’au 11 juillet et à sept photographes d’exception ! Parmi eux, Claude Nori, 77 ans, qui a notamment travaillé pour Vogues, le Daily Telegraph Magazine, et passé sa vie photographique à immortaliser le bonheur, son regard flirtant avec les côtes italiennes, entre Capri et Stromboli, en passant par Naples, San Remo… Une obsession née dans les années 80 restée intacte. Un travail puissant à découvrir à la galerie des Franciscains où son œil nous laisse entrevoir “sa” plage qu’il aime à définir telle « un purgatoire entre enfer et paradis ».
Toujours aux Franciscains, Émeline Sauser, et sur l’esplanade de Sautron, Esther Donikian, deux jeunes photographes en émergence qui ont sillonné, dans le cadre d’une résidence à Saint-Nazaire l’an dernier, les plages de la cité portuaire : à pied ou à vélo du côté de Villès-Martin pour la seconde, « à différents moments de la journée et de l’année pour essayer de comprendre, d’observer les usages, les transformations, les ambiances. À force d’arpenter les mêmes lieux, j’ai fini par rencontrer des locaux, moi qui ai plutôt l’habitude de photographier des espaces vides, sans présence humaine. Je pense notamment à un groupe de retraitées qui se retrouve chaque jour sur la même plage. Elles m’ont accueillie et j’ai partagé plusieurs après-midis à leur côté. C’était super de dépasser la barrière du sujet, ça m’a donné une autre lecture des lieux ». Quant à la première, elle a posé son écoute sur des tronches de vie de passage ou d’ici qui lui ont donné « cinq minutes ou une heure » de leur temps, le temps de « saisir l’émotion vraie », confie Émeline qui avoue avoir mis quelques semaines à « cerner et apprivoiser » Saint-Nazaire qu’elle imagine, si elle avait une photo d’elle à réaliser, « en femme pirate, pleine de cicatrices, les cheveux au vent, avec 10 000 histoires à raconter ».
Partenariat avec le Chili
À la médiathèque, La boîte à archives, une installation vidéo signée Bastien Capela et réalisée à partir d’un ensemble de cartes postales datant de 1930 à 1980. Une œuvre de 20 minutes qui invite à un voyage nostalgique autour des plaisirs balnéaires et de l’imaginaire des vacances d’été dans divers sites de Loire-Atlantique. À la galerie Ar Men Du, la plasticienne néo-Nazairienne Sixtine Sévrière, marquée par la pollution des mers et les ravages des naufrages pétroliers, fait du ramassage de déchets des œuvres d’art singulières. À ses côtés, le Chilien Rodrigo Gómez Rovira qui « livre le récit troublé de son retour à Valparaíso en 1996 sur un cargo polonais parti d’Anvers, après 20 années d’exil en France ». Quant aux photographies de son compatriote Alejandro Olivares consacrées aux oubliés et marginalisés d’aujourd’hui, elles sont à découvrir au fort de Villès-Martin et sur le sentier côtier. Deux invités pour un premier partenariat avec le Festival international de photographie de Valparaiso et « qui va durer ». Un premier partenariat qui a également donné lieu à l’exposition insolite Les enfants à la plage en voyage, un projet d’échange entre des primaires chiliens et 96 élèves de l’Agglo qui ont créé des cartes postales visuelles et sonores (photo, écriture, mise en scène “plagiesque” et colorée !) exposées à Saint Nazaire, au jardin des Plantes, et à Valparaiso. Un premier partenariat qui coulait de source, tellement « ces deux villes, ont de choses en commun… Le port, la plage, un festival de photographie, ce paquebot nommé Saint-Nazaire qui en 1870 et durant deux années consécutives a fait la liaison entre les deux cités, toujours en ébullition, qui ne cessent de grandir… » À l’image de Cargo devenu l’un des rendez-vous incontournables de la région avec ses quelque 200 000 visiteurs l’an dernier !
Tous à la plage
Une expo, un défi, une réussite… Avec près de 110 donateurs (80 % de Nazairiens, 20 % de l’Agglo et la Presqu’île) qui ont ouvert leurs albums à l’occasion d’une collecte menée en 2025, plus de 500 photographies ont été ainsi récoltées, datant de 1940 à nos jours.
À voir au jardin de Sautron, gare SNCF et ligne Hélyce.