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Expos # Saint-Nazaire

Le Hollywood des mers pris sous tous les angles

Jusqu’en septembre 2027, à l’occasion du bicentenaire de la photographie, Normandie dans l’œil des photographes des chantiers navals et de Roger Schall dévoile les coulisses d’un paquebot hors norme construit à Saint-Nazaire, devenu légende. À Escal’Atlantic et à l’Écomusée, 86 photos, plusieurs inédites, racontent un rêve français entre prouesse industrielle, gestes d’ouvriers et glamour d’un Hollywood sur mer.

Lucas d’Aram Schall, arrière-petit-fils de Roger Schall, et Cécile Schall, petite-fille du photographe, posent devant
les deux clichés qui illustrent la couverture de l’ouvrage Normandie dans l’œil des photographes.

D’abord à Escal’Atlantic. Roger Schall. Un regard dont l’œuvre a marqué la photographie moderne. L’un des photoreporters phares des années 1930 et 1940. Un nom aussi étroitement lié à celui du paquebot Normandie, qui le lance à l’international. Tout commence en 1929… Le photographe du mouvement ne supporte plus l’immobilité du studio du 62 bis, rue Pasteur à Nancy où son père, Émile, l’initie au 8e art. Il n’a que 25 ans, « a la bougeotte », rêve de « capter le réel sur le vif », saute le pas et s’achète un Leica, une révolution à l’époque : « Il avait mis de côté un peu d’argent. Depuis ses 14 ans, il allait jouer du jazz, les week-ends, dans un bar de Joinville-le-Pont. Toutes ses économies y sont passées ! Même sa batterie, qu’il avait revendue ! », raconte sa petite-fille, Cécile Schall. 

Et la lumière fut… 

C’était parti. Paris sous toutes les coutures, de jour comme de nuit, puis toute la France pour terrains d’expérimentation. Et pour nouveau compagnon de route, un Rolleiflex (présent dans l’expo), « plus léger, plus mobile et plus adapté à la presse illustrée ». Une première publication dans Paris Magazine, et le tournant : « Il est repéré par Lucien Vogel qui lui confie pour Vu un reportage sur la construction du Normandie. Le chantier naval achevé, Roger Schall couvre en 1935 la traversée inaugurale du paquebot. Il est le seul photographe accrédité à bord et partage sa cabine avec l’écrivain Blaise Cendrars », poursuit la cofondatrice, avec son fils Lucas, de la Schall Collection qui détient près de 80 000 photographies.
Parmi elles, un millier sont consacrées au Normandie, dont une cinquantaine sont exposées à Escal’Atlantic. Au total, il aura effectué six reportages à bord alors du plus grand navire du monde, long de 313 mètres (et quelques centimètres !), pur objet médiatique. Roger Schall, également maître de la lumière ne pouvait trouver plus beau terrain de jeu que ce vaisseau de lumière, un véritable Hollywood sur mer, un décor XXL conçu pour exalter toutes les nuances, et magnifier la lumière… Qu’elle se glisse dans les profondeurs de la cale, lui révélant l’ouvrier à l’œuvre dans ses sabots en bois ou qu’elle s’immisce dans les intimités, lui sublimant une élégante qui ajuste une mèche de cheveux avant d’aller au bal, au détour d’un couloir. « Tout le génie de Roger Schall », lance Adrien Motel, commissaire et historien spécialiste du Normandie. « Puissantes et touchantes », des photographies au cœur des réalités sociales. On y croise même un chien immortalisé par l’œil du photographe dans la 3e cheminée qui faisait office de chenil. 

Né aux chantiers de Penhoët 

L’occasion de découvrir un travail photographique d’exception où l’âme de celui que l’on a souvent qualifié de reporter humaniste vient dans un autre temps, dans un autre espace, dialoguer avec la rigueur documentaire, presque chirurgicale des photographes des chantiers navals de Penhoët… Une trentaine de clichés sur les 1 200 estampillés Normandie, conservés et valorisés par l’Écomusée, « anonymes pour la plupart ». Des prises de vues singulières réalisées par des opérateurs chargés de documenter les différentes étapes de la construction, depuis la pose des premières tôles le 26 janvier 1931 jusqu’au départ du navire de Saint-Nazaire, le 5 mai 1935 ; le lancement officiel, marqué par une première mise à l’eau, devant plus de 100 000 spectateurs, avait eu lieu le 29 octobre 1932. Il sera photographié en temps réel, onze clichés en une minute. On y voit aussi les ouvriers au travail, au fond de la caisse du navire ou encore à installer l’hélice tribord extérieure dans la forme-écluse Joubert. On y retrace son histoire, les conséquences du krach de 1929 sur sa construction, son nom de code…
Une exposition en deux regards et 86 photographies pour découvrir comme jamais ce géant des mers, entre prouesse industrielle nazairienne, élégance et démesure. Un paquebot aux mille lumières et superlatifs, symbole de l’Art déco et d’une certaine idée que l’on peut se faire de l’art de vivre à la française. Un sujet inépuisable à… regarder dans les moindres détails. Et si certains vous ont échappé, vous avez tout le temps de les redécouvrir… L’exposition reste visible jusqu’en septembre 2027. 

// Les rendez-vous 

Des visites-flash tout l’été à Escal’Atlantic.
Normandie, un chantier sous tous les regards, visite commentée à l’Écomusée jusqu’au 28 août.
Conférences par Adrien Motel, historien et auteur du livre Normandie, un rêve français : Le lancement de Normandie, une construction médiatique, jeudi 29 octobre, 19h, et Normandie, la traversée des deux réveillons, mercredi 16 décembre, 19h.
Un catalogue de l’exposition en vente à Escal’Atlantic, 38 €.