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[zoom] Fjord

(Roumanie, France, Norvège, Danemark, Suède 2026) drame de Cristian Mungiu avec Sebastian Stan, Renate Reinsve, Lisa Carlehed.
2h26.

Note de la rédaction :

Difficile de ne pas y penser tant l’analogie est, pour le moins, frappante. Pas sur tous les points (fort heureusement, me direz-vous, sinon il s’agirait du même film !), mais beaucoup d’éléments – parfois réduits à un simple détail (des phares dans la nuit, un craquement de pas dans la neige, une variation musicale particulière, une atmosphère…), ou parfois plus criants, comme ce procès à charge, porté à tort ou à raison ? –  renvoient, tel un boomerang, à certaines scènes de la Palme d’or 2023 : Anatomie d’une chute. Des flashs sensoriels, des impressions visuelles mais surtout ce même trouble narratif qui rapproche ces deux thrillers judiciaires palmés, empreints de manichéisme. Ni blancs ni noirs. Deux récits où le doute persiste et signe, où l’exactitude des faits n’est jamais clairement dévoilée, nous plongeant ainsi dans une sorte d’entre-deux non consenti, de flou constant qui nous empêche, passifs, de trancher…, à subir le cheminement trop mécanique et psychologiquement glacial des scénarios. L’un français, signé Justine Triet, qui dissèque la fin d’un couple et le procès d’une femme accusée du meurtre de son mari. L’autre roumain, écrit par
Cristian Mungiu, qui lui, raconte la descente en enfer de ce couple roumano-
norvégien ultratraditionaliste confronté à une justice scandinave aux valeurs progressistes, laquelle, à force de trop vouloir se poser en pourfendeuse de la bienséance occidentale, ne deviendrait-elle pas aussi extrême que les extrêmes ? Cette même justice – peut-être dépeinte à l’écran de manière trop caricaturale ?… Donc, cette même justice qui semble davantage reprocher à ce couple ce qu’il est, « ses lois, sa culture », que les faits de suspicion de maltraitance dont il est accusé envers ses enfants. Deux sociétés, deux visions, deux systèmes d’éducation, avec leurs propres règles, et punitions ! Deux vérités, deux idéologies qui s’imposent et s’opposent – dans l’ère du temps ! – sans pour autant nous donner tous les tenants et les aboutissants…, énervant. Bien qu’esthétiquement majestueux, bien qu’attachant humainement, on ne sait sur quel pied danser… Coupable ? Bourreau ? Victime ? Discrimination religieuse ? Autoritarisme libéral ? Quelle liberté de penser ? Qui détient la vérité, quand chacun est convaincu d’être dans son bon droit ? Vous avez 2h26 ! Bref, une œuvre belle, rugueuse, intelligemment alambiqué dont l’ambiguïté pousse au débat… Mais pas de quoi rouler sur l’or !