[zoom] Digger
(États-Unis, Mexique 2026) comédie d'Alejandro González Iñárritu avec Tom Cruise, Sandra Hüller, Riz Ahmed.
2h09.
« Drill, baby, drill » (Fore, bébé, fore)… De ce slogan choc éructé lors de son investiture (saison 2), et même un peu avant (histoire de trumper personne !), le climato-négationniste à la tête du premier pays producteur de pétrole et de l’un des pires empires pollueurs émetteurs en Co2 au monde – après la Chine ! –, en a fait officiellement le mot d’ordre de sa politique énergétique…
Mais, me direz-vous, que vient faire Trump dans cette chronique ciné ? Mieux que le nez au milieu de la figure, une caricature au vitriol, sans équivoque.
Trump, le dealer de drill, et Digger Rockwell, le cow-boy excavateur (traduction de digger en français), même combat, même malhomme. Milliardaire narcissique, vulgaire misanthrope qui n’a d’yeux que pour sa chatte désarticulée qui « pue la mort » !, adepte du rejet de la vérité scientifique, psychopathe totalement barré qui croit au miracle, néolibéral jusqu’au sang… noir qui coule dans ses veines, et qui aime à brandir ostensiblement la devise séculaire de la famille Rockwell : « Le brut appartient à ceux qui se lèvent tôt » !
Bref, un (être) réel, un autre fictif – noyés dans un déni climatique profond – qu’on finirait presque par confondre. Pour n’en faire plus qu’un… Trump Digger, dit Trump l’excavateur, un surnom, ma foi, qui lui siérait à merveille ! Mais des comme ça, Trump n’est pas le seul… Les répliques de ces magnats pollueurs sont légion ! Ad nauseam.
Alors, optons pour plusieurs réels, un fictif et un même combat : celui du profit, encore du profit, toujours du profit, quitte à fermer les yeux sur le pire que produit… ce profit ! Et du pire du pire, on s’y approche, à quelques degrés Celsius près ! Dans le film ? Ou dans la réalité ? Car dans la réalité, selon David Gross, lauréat du prix Nobel de physique, « les chances que l’humanité vive encore 50 ans sont très faibles ». Dans le film, le monde court à la catastrophe… Une fuite de méthane sur une plate-forme pétrolière au Groenland (que Digger a sûrement annexé !), une explosion et paf, la rupture d’un glacier géant au doux prénom de Judy, prêt à engloutir la moitié du continent européen ! Voici pour le synopsis de ce scénario catastrophe somptueusement ubuesque, signé du cinéaste mexicain Alejandro Gonzalez Iñarritu (Birdman, The Revenant, rien que ça !). Et qui pose cette question, comme suspendue dans les coulisses de cette grande farce
théâtrale : où commence la fiction et où s’arrête la réalité ? À moins que ce ne soit l’inverse ? Que Digger ne soit déjà plus tout à fait une fiction ! Et que la réalité, elle, soit en train de rattraper le film, ou la fiction du film ou… À s’y perdre avec délectation, vraiment ! Car cette mise en abyme satirique et dystopique, déjantée en diable, est juste… absolument grisante, grotesque à souhait, c’est certain… Mais ne nous offusquons pas de la rhétorique outrancière ambiante… Ça fait partie du jeu. Un jeu où les fous deviennent rois et les rois, fous. Ceux-là même qui mettent échec et mat tout un pan de la société, sans la moindre conscience morale… À l’image donc de cet abject Rockell, incarné par le tant mieux méconnaissable et scientologue Tom Cruise, qui concentre à lui seul toute la démesure et la monstruosité de cette secte… d’ultra riches capitalistes sans foi (in fine !) ni loi (sauf les leurs !). Une pièce politique jubilatoire, qui pousse l’outrance jusqu’à l’absurde, sublimée, cerise sur l’iceberg, par une scénographie et une photographie d’une esthétique à couper le souffle. On y va les yeux fermés.