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Portraits # Saint-Nazaire

C’est la rockeuse d’opéra… de proximité

Et si l’opéra sortait des murs des églises et autres sanctuaires ? C’est le pari, un brin atypique, de Nathalie Guillou. La mezzo-soprano nazairienne chante désormais partout où on l’invite. Jardins, cafés, granges, salles de bains… ! Histoire de démocratiser l’art lyrique.

L’opéra, elle est prête à le chanter n’importe où… Même dans votre garage ! Une galéjade ? Que nenni. Un sacrilège ? : « Surtout pour les puristes qui se demandent quelle est cette hurluberlue qui salit notre art ! ». Eh bien, qu’ils se rassurent. L’hurluberlue en question se nomme Nathalie Guillou. Née à Guérande, 47 ans, enseignante de techniques vocales, chanteuse lyrique professionnelle et plus original, à domicile, depuis cet été ! « À se demander pourquoi je n’ai pas fait ça avant ! », s’étonne encore celle qui a choisi de faire entrer l’opéra là où on ne l’attend pas. Dans les jardins, cafés, granges, librairies, salons ordinaires… « Aucune limite ni restriction », et c’est dire, elle serait même capable de venir jouer son récital – en deux formules – dans votre salle de bains !, « l’acoustique y est excellente », assure l’artiste, la seule en Loire-Atlantique, à oser pareille aventure. Son dessein ? : « Ouvrir, à tout à chacun, le cercle inaccessible » de cette institution séculaire et lui donner, tant qu’à faire au passage, un bon petit coup de plumeau ! 

« L’opéra, c’est rock » 

« Dé-mo-cra-ti-ser », voici, en un mot, le mantra de l’iconoclaste diva nazairienne. « Un air d’opéra, ce n’est pas plus compliqué à comprendre qu’un air de Britney Spears ! C’est une expérience que tout le monde devrait vivre. Et c’est 15 fois moins cher qu’une place d’un concert de Céline Dion ! L’opéra, c’est rock. » Et ça tombe bien, car Nathalie Guilllou l’est, rock. En tout cas, aux antipodes de l’image caricaturale que l’on peut se faire d’une chanteuse lyrique. Qu’elle soit voluptueusement grimée telle la Castafiore ou drapée de toute l’élégance d’une Maria Callas : « L’opéra suit la mode et les saisons ! Aujourd’hui, c’est plus inclusif, on a affaire à une plus grande diversité de profils ! Ça évolue dans le bon sens », se réjouit la rockeuse d’opéra, au style assuré. À défaut du perfecto, tailleur-pantalon noir ou petite robe noire. Sobre, classe et tout de noir forcément vêtue « pour ne pas trop effrayer les plus avertis ! ». Son matos ? Une scène de deux mètres carrés, deux enceintes, une table de mixage, du bon son d’orchestre et une voix… « sans auto-tune ! », ironise-t-elle. 

Connectée avec son public 

Et quelle voix ! Le haut du panier… Mezzo-soprano, une tessiture remarquable, à mi-chemin entre l’aigu du soprano et les graves du contralto. Et pourtant, à ses débuts à 15 ans, dans une chorale réputée d’un lycée de Nantes, « ce n’était pas gagné. Mais j’ai bossé… J’avoue, j’étais plutôt du genre Axelle Red, tout plein d’air ! » Et c’est dire qu’elle n’en manque pas d’air ! Un franc-parler bien trempé, de l’énergie à en revendre, des murs à faire tomber, des « codes à bousculer » ! Pas le genre à s’enfermer « dans un entre-soi de velours rouge à l’égo pompeux qui regarde par le bout de la lorgnette ». D’ailleurs, elle l’a très tôt cerné, ce monde « tyrannique, où nous ne sommes in fine que des numéros ». À peine sortie du conservatoire d’Angers qu’elle s’en détourne, faisant à 25 ans le choix de donner des cours en free-lance, tout en s’accordant, au fil des années, deux ou trois parenthèses de grâce lyrique. « Ça m’allait bien. » Jusqu’à ce jour de cet été d’anniversaire, devant un parterre d’invités. Une expérience « waouh. Le grand frisson. Entre nous, plus de distance, que la scène impose de facto. Je suis tout à côté du public, je peux sentir son souffle, ressentir ce qu’il vit. C’est immédiat, simple, sans apparat, intime. En connexion. C’est juste beau. » Et le plus beau dans cette singulière histoire, c’est qu’avec ses Salons Lyriques ambulants, elle se dit « être là, à sa place ». Enfin libre comme l’air, comme un air d’opéra !