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Spectacles # Saint-Nazaire

Le bégaiement ou l’art d’entrer dans la résisDanse

Le 9 octobre, Revivre et le danseur-jongleur de Tourne au sol s’associent pour faire entendre le bégaiement. Louis Lawson, 29 ans et délégué de l’Association Parole Bégaiement 44, également coorganisatrice de ce spectacle-débat, témoigne de son parcours, de la honte à l’acceptation, jusqu’au combat qu’il mène pour briser le silence de la société.

Et si le bégaiement pouvait aussi se raconter par le corps, le mouvement et la poésie… Le solo de Paul-Emmanuel Chevalley, Haïku(s), l’esquisse d’une pensée bègue, en est une très belle illustration. Un spectacle intime et sensible, plein d’humour où jonglerie, mots et danse ne font plus qu’un. Une forme intemporelle qui ouvre un autre regard, un regard tout simplement, sur le bégaiement, sans jamais le dramatiser…, mais aussi sur notre rapport aux autres, au langage et à la différence. D’une force rare, l’artiste bègue invite à faire tomber les masques et à tordre le cou aux préjugés. Et fait ainsi de « la difficulté d’élocution un acte poétique, universel ». Et sociétal.  

« Plus on s’isole, et pire c’est » 

Car derrière le bégaiement, ce sont près de 600 000 personnes concernées en France (3 fois plus d’hommes que de femmes). Ce sont des parcours, des silences, parfois lourds à porter… À 29 ans, Louis Lawson en sait quelque chose, pour vivre avec, depuis l’âge de 5 ans. Pourtant, cela ne fait que deux ans seulement qu’il a véritablement commencé à en parler. « Jusque-là, j’étais dans un déni total. J’avais honte. Honte de ne pas pouvoir m’exprimer », confie-t-il. Une émotion à laquelle viennent s’ajouter d’autres sentiments, tout aussi puissants… « L’anxiété, la colère, la frustration, l’incompréhension », convaincu que ce trouble « dérange ». Résultat : « On s’exclut des activités, des cercles sociaux. On n’ose pas aller vers, on se renferme sur soi, encore davantage. Mais plus on s’isole, et pire c’est. » Un cercle vicieux qui a plongé Louis dans une sorte de profonde tristesse, « mettons les mots, d’état dépressif ». Qu’il a réussi à briser. Un combat de tous les jours. « Car ce n’est jamais simple d’affronter ses émotions, surtout les plus désagréables. Jamais simple de lutter contre cette part d’ombre » qu’il l’a longtemps gouverné. Jamais simple, mais un passage obligé. « Il n’y a pas de secret », dit Louis, qui a dû emprunter le chemin de l’introspection psychologique pour apprendre à « vivre avec, et l’accepter comme tel ».  

Société silencieuse 

Aujourd’hui réconcilié avec « cette particularité de la parole », le presque trentenaire devenu depuis un an délégué de l’Association Parole Bégaiement en Loire-Atlantique (APB), ne cherche plus à vaincre ce qui le distingue – car c’est bien « l’envie de le faire disparaître qui l’aggrave » –, mais à rompre le grand silence de la société ! Le bégaiement est bel et bien sur le banc de touche de l’espace public. « Effectivement, on n’est très peu, sinon pas représentés du tout. Vous entendez des journalistes, des présentateurs ou autres qui bégaient ? De ce trouble, on n’en parle jamais, ou si peu. » Une invisibilité criante. Et Louis, en digne porte-
parole, a bien l’intention de faire bouger les lignes. Sur les réseaux, sur
Spotify avec son podcast de neuf épisodes Bègues In, et sur le terrain… Avec, entre autres, cet événement-spectacle du 9 octobre qui sera suivi d’un temps d’échange avec le public, « permettant ainsi de poursuivre la réflexion et de libérer la parole autour du bégaiement et plus largement, des troubles de la fluidité verbale, comme la dyslexie, le bredouillement… ». 

À l’écoute 

Cet événement-spectacle s’inscrit dans le cadre de la Journée mondiale du bégaiement (22 octobre), et des Semaines d’information sur la santé mentale, auxquelles participe Revivre, engagée depuis 1991 auprès des personnes qui traversent une période de mal-être psychique – quel qu’il soit –, mais aussi auprès de celles et ceux qui les entourent. « Car le bégaiement, c’est ainsi une question de santé mentale », ajoute Louis, bien placé pour le savoir ! Ici, à Revivre, chacun peut venir trouver du soutien, échanger et partager son expérience, sans jugement. D’ailleurs, « on se retrouve tous les vendredis après-midi pour en discuter, et une psychologue bénévole assure un accueil téléphonique et un soutien par mail », explique Loni Inguanez, présidente de cette association nazairienne qui mène de front actions d’information et de prévention. Et qui s’est ralliée tout naturellement à l’APB pour qu’une bonne voix pour toutes, le bégaiement se fasse entendre…