Un spectacle à « rire de mourir » !
Dans le cadre de la Journée mondiale des soins palliatifs, le Centre hospitalier de Saint-Nazaire et l’association Jusqu'à la mort accompagner la vie (Jalmalv) invitent, jeudi 5 novembre, le philosophe-comédien Yves Cusset à présenter son spectacle Rire ou mourir, faut-il choisir ? Alors ?
« Cusset, c’est un Devos qui aurait fait Normale Sup ! » (Marianne), « dans la lignée de Woody Allen et son écriture le rapproche d’un Raymond Devos. La réussite est là. Indéniable » (L’Express).
Comment peut-on rire de la mort ?
Il ne s’agit pas de mourir de rire, mais bien de rire de mourir. Pour cela, j’essaie de prendre les événements les plus tragiques de l’existence et les extrémités de la vie pour en faire un objet humoristique et les dédramatiser. Le spectacle aborde le temps qui passe, la mort, le deuil, la peur de mourir… Des sujets qui, a priori, ne prêtent pas à rire. Je les traite par le langage, l’ironie, l’inversion de la logique, en prenant à la légère ce qui est censé être le plus grave. L’idée est de s’amuser de notre terreur face à la mort.
Pourquoi avoir incarné un clown philosophe ?
C’est un personnage très enfantin, naïf dans son rapport au monde. Sans nom. Pour lui, il n’y a pas de hiérarchie entre les problèmes de l’existence. La peur de mourir est un problème comme un autre, au même niveau que réussir à faire son lacet ou s’entendre avec ses amis. Il n’est pas là pour donner une leçon ou transmettre un message, mais pour ouvrir au questionnement. C’est une sorte de philoclown, un clown qui philosophe sans forcément le savoir.
Pourquoi avoir choisi de faire un spectacle sur la mort ?
La mort m’accompagne depuis toujours. Depuis que je suis dans le ventre de ma mère. La première chose que je me suis dite en sortant du ventre de ma mère, c’est : « Mon Dieu, c’est déjà fini ! ».
Plus sérieusement, la question de la mort est universelle. Je m’interroge sur ce que signifie la fin ? Ce qui m’intéresse surtout, c’est l’instant ultime, c’est la vie avant la mort. Je raconte la mort comme un accouchement.
En quoi le rire peut-il nous aider à mieux vivre, voire à mieux appréhender la mort ?
Pour moi, le rire est une véritable puissance de vie. C’est une forme de pied de nez à la mort. Je sais que je suis mortel, mais cela ne m’empêchera pas de connaître la joie et l’allégresse. Même la Grande Faucheuse ne pourra pas nous en priver. Plus on est vivant, ouvert aux autres et attentif, plus on peut accueillir cette grâce. Évidemment, la souffrance, la maladie ou la dépression peuvent nous rendre moins disponibles au rire. Quand on est mourant, c’est encore plus compliqué.
Quel regard portez-vous sur le travail des soignants et des accompagnants qui côtoient quotidiennement la fin de vie ?
Déjà, je suis particulièrement touché lorsque les associations de soins palliatifs m’invitent à présenter ce spectacle que j’ai déjà joué une vingtaine de fois. Les soignants et les accompagnants des personnes en fin de vie exercent, à mes yeux, l’un des métiers les plus respectables qui soient. Si mon spectacle peut leur apporter quelque chose, les faire sourire ou rire, j’en suis très honoré.
Qu’aimeriez-vous que les spectateurs emportent avec eux en sortant du spectacle ?
J’espère que tous les mortels à qui je m’adresse en ressortiront plus vivants, avec davantage envie de profiter de la vie et des autres. Le spectacle est à la fois totalement désespéré et très positif. Désespéré parce que je ne crois pas à une espérance qui nous promettrait quelque chose après la mort. Ce qui compte, c’est ce qui est là, maintenant.
Il nous reste la vie, la joie, les autres. L’humour ne répond pas aux grandes questions, mais il permet de les poser autrement. Je préfère faire naître le questionnement plutôt que d’apporter des réponses. Il n’y a pas de tabous. Des malades en fin de vie qui sont venus discuter avec moi, après le spectacle, sur le bord de scène, qui ne m’en voulaient pas du tout d’avoir ri autour de ces sujets-là. Parce que c’est tout sauf de la moquerie.
Peut-on vraiment mourir de rire ?
A priori, oui, même si c’est extrêmement rare. D’ailleurs, je parle de cet humoriste anglais mort pendant son spectacle. Pas de rire. Ce qui était drôle, c’est que pendant qu’il mourait, les spectateurs étaient, eux, morts de rire ! Mais finalement, mourir de rire ne serait-ce pas l’une des plus belles morts ?