Quand une éducatrice raconte l’exil
Anne-Laure Huet, Néo-Nazairienne, éducatrice spécialisée et autrice, raconte son quotidien à travers Par-delà les frontières. Un roman qui sensibilise et qui raconte le quotidien des jeunes migrants en foyer.
Anne-Laure Huet.
« Le superpouvoir que l’auteur a de faire basculer le lecteur dans un autre univers, c’est incroyable ! », raconte Anne-Laure Huet, qui écrit des histoires depuis sa plus tendre enfance. À la fois autrice et éducatrice spécialisée, elle mêle ses deux métiers pour raconter son quotidien. Sensibiliser à un regard différent sur l’immigration et rendre hommage aux jeunes dont elle s’est occupée. D’abord lancée dans des études de communication, elle se réoriente vers un diplôme en trois ans à l’Institut du travail social de Tours. Y préparer son futur métier ? Plutôt trouver sa vocation ! Un boulot qui s’apprend sur le terrain. Un boulot qui exige une remise en question permanente. Un boulot pour lequel trois ans de formation ne suffisent pas. C’est pourquoi Anne-Laure écrit Par-delà les frontières. « C’est un peu le livre que j’aurais aimé lire en commençant ce métier… ».
Une adaptation permanente
Entamant sa carrière auprès des mineurs migrants, elle travaille trois ans dans un foyer de Loire-Atlantique. « J’ai vécu des histoires incroyables avec les jeunes ! ». Son livre : une fiction… grandement inspirée de sa vie et de son quotidien. Un quotidien d’ailleurs mouvementé ! Des mineurs entre 13 et 17 ans, arrivant avec une vision du pays un peu trop idéale. « Certains pensent arriver face à la Tour Eiffel une fois la frontière passée. Il faut leur expliquer comment fonctionne le pays, l’administration… ». Anne-Laure fait partie des gens de l’ombre, qui aident tous ces adolescents à avoir accès à la scolarité, à des cours de français, aux soins, à un soutien psychologique, à trouver un logement… Un travail laborieux, face à des jeunes parfois ne parlant pas un mot de français. Il faut alors ruser pour faire place à la communication, plus qu’essentielle. « On parle en mimant, on montre des images sur internet, on fait des phrases très simples, on utilise des outils de traduction, qui parfois laissent place à d’énormes quiproquos », s’amuse la trentenaire. Des rencontres avec des migrants aux origines diverses, obligeant à changer sa vision du monde en fonction de chacun. Une notion d’interculturalité, en partie comprise pour l’écrivaine lors de son service civique au Niger. Un métier qui demande une adaptation constante. Une adaptation constante très énergivore, qui coûte un burn-out à Anne-Laure, pendant lequel elle arrête son métier d’éducatrice spécialisée pour faire du maraîchage… et écrire son livre !
Un livre en autoédition
Elle qui voulait être reporter, son livre a demandé un travail digne du métier de journaliste ! Plusieurs semaines de recherches théoriques, multiples lectures d’articles universitaires, de témoignages, de visionnages de reportages, de croisement de données et de vérifications. « Des données difficiles à trouver car certaines relèvent du trafic d’humains, gardées alors bien secrètes. » Un livre commencé en octobre 2023, écrit en deux-trois mois, tous les jours et un peu partout… Dans des médiathèques, des cafés…, et paru en 2025 en autoédition. Une couverture faite par son frère graphiste, une relecture par une correctrice professionnelle, quatre bêta-lectrices et par sa mère. « C’est elle qui rajoute la plupart de mes virgules ! » Surtout, un livre comme une thérapie, qui lui a permis de reprendre le travail, cette fois avec des migrants adultes, dans un centre d’accueil de demandeurs d’asile, à Saint-Nazaire. « C’est un sujet très différent de celui des mineurs ! ». Avec deux livres parus en un an, l’autrice explore divers styles, tantôt fantaisy, tantôt fiction très inspirée de la réalité, et garde la conviction que le sujet de l’immigration mérite encore d’être exploré… Anne-Laure, qui voulait découvrir le monde en étant reporter, a finalement trouvé une autre manière de le faire…